Si vous arrivez par la route de Casablanca, Marrakech ou Safi et que vous êtes motorisés, Azlef ne devrait pas vous laisser indifférents ! Juste à quelques mètres de la ville, une sorte de petite muraille en ruines qui surgît à votre droite en vous offrant une vue dominante et dégagée sur la ville : le paysage qui s’offre à vos regards est des plus agréables, vous voyez la médina et ses murailles, les nouveaux quartiers, l’île, la mer et la plage. La nuit vous la voyez comme une île ornée de bougies flottantes sur l’eau, sans parler du coucher du soleil…
Si vous arrivez par la route d’Agadir, vous traverserez l’Oued Qsab (lac aux roseaux) tout en passant à travers la forêt Diabat, nom que porte aussi le village fétiche de feu Hendrix. Tout au long de la route, les paysages se défilent non sans charme…
Une fois arrivées _ des deux directions _ continuez vers la plage. Les premières habitations que vous verrez sont de nouveaux quartiers résidentiels et tout au long de la plage, en parallèle, se situe le quartier administratif. Au Rond-point se dresse un fameux édifice nommé Barakat Mohamed (la bénédiction de Mohamed), au nom du fondateur de Souira (la petite tour – Sour = Tour); Essaouira ; comme la nome ses habitants dans leur langue.
Ensuite ; le meilleur plan serait de vous diriger directement vers le port, pour garer votre voiture dans le parking tout près. Vous pourriez alors en profiter pour commencer la découverte de cette ville par son port de pêche, riche en architecture ancestrale et réputé pour la fraîcheur, le régal et la diversité qu’offre ses poissons. En effet ; vous pouvez manger sur place dans les grillades juste à côté _ en ressortant par l’illustre Bab l’Marssa (Porte du port) _ en choisissant vos poissons tout juste pêchés. Devant les grillades s’offre à la vue la Place Moulay Hassan dite Kasba par les Souiris, une des principales scènes du festival Gnaoua et d’autres festivités. A votre gauche, une longue ruelle vous mènerait directement à la Skala (ayant une ressemblance étonnante avec Saint Malot /France/ et ses ruelles); les fameux bastions avec ses tours et ses canons. Là ; laissez votre imagination errer entre ces murailles qui affrontent sournoisement les vagues de la mer venant s’écraser contre les rochers tout autours en les éclaboussant d’écume , comme les plis d’une immense robe émeraude bordée de dentelle ! Imaginez les mains qui ont dessiné ses plans, les bras puissant qui les ont bâties, les braves combattants qui les ont défendues, les émirs qui y ont régnés et les princesses qui y ont vécu…
Une fois vos yeux pleins de ces visions historiques, ne retournez pas par le même chemin ! Prenez l’autre ruelle nommée Derb laâlouj (Rue des non Arabophones, allusion aux européens qui y habitèrent jadis). Plusieurs ruelles se fractionnent ci et là tel un labyrinthe mais tous ramènent au même point de départ, difficile de se repérer mais pas impossible. Elle compte aussi l’unique musée de la ville portant aussi le nom du Fondateur Sidi Mohamed Ben Abdellah. Entre autres, elle comprend la place Chrib Atay (boire le thé) en perpétuité d’une cérémonie centenaire : à chaque Achoura (10ème jour du 1er mois Hégirien : Moharram), les différentes tribus qui s’installèrent dans les Derbs portants leur nom jusqu’à ce jour, se répondaient entre elles en vantant les vertus de chacune sous forme de poèmes chantés et accompagnés par l’instrument traditionnel : Gobbahi (Taârija pour les femmes). Dans ces célébrations _ comme dans tant d’autres _ le thé avait sa présence légitime.
En tournant à droite puis en prenant la dernière ruelle à gauche, vous ressortirez par-dessous l’horloge dite l’Magana ou Taht l’Magana (sous l’horloge). Devant vous se dresse la porte du lion : Bab Sbaâ. A droite celle du Menzah (promenade) avec ses jardins et son style andalous et à gauche celle qui mène vers Bab doukkala si vous allez tout droit sans vous arrêter. En franchissant ce premier arche-porte à gauche de l’horloge, vous avez à votre droite la Rue Attarine dite Attara (les marchands d’épices) et à votre gauche une fameuse mosquée Sidi Youssef Ben Tachfine (un des célèbres émirs chevaliers de l’histoire locale) tout près de Qouss Ben Attar (l’arche de Ben Attar). Cette arche est en fait l’accès vers une longue série de ruelles nommées Rue d’Agadir, en arabe Derb Ahl Agadir (la rue des gens d’Agadir, comme la rue Laâlouj). Au fait, le secret de la cohabitation entre toute sorte de nationalités, d’origines et d’ethnies à Essaouira n’est pas fruit d’hier. C’est la bonne intention du fondateur de faire de cette ville un symbole de tolérance et une patrie pour tous ceux qui succomberaient à son charme, depuis qu’il l’a fondée il a fait venir des gens d’un peu partout dans le Maroc et même d’ailleurs en leur laissant la liberté de garder leurs traditions, de pratiquer leur rites et de se mêler aux familles Souiries, d’où les noms des différentes rues d’Essaouira mais surtout la mixité voir même le métissage extraordinaire que transmettent ses habitants. D’ailleurs, on ne cesserait de voir à quel point les cultures sont diverses et les influences sont extrêmement variantes dans la vie quotidienne de cette ville : commerces, musiques, religions, langues, arts, tenues, habitudes, bâtisses, couleurs, …
Revenant à notre Derb d’Agadir. Si vous allez jusqu’au bout, vous sortirez par Bab Marrakech, en passant par le complexe artisanal. Tout au long de ce Derb, des passages mènent à Souq Waqa, rue commerçante et très populaire. C’est le passage principal si l’on vient de la porte de Marrakech.
Par contre, si on revient à notre point au Derb Laâlouj, et qu’au lieu de tourner à droite vous tournez à gauche, vous aurez devant vous la rue Sidi Mohamed Ben Abdellah (encore !) nommée surtout Mellah Qdim (l’ancien Mellah/quartier juif). Evidemment, toutes les ruelles annexes de cette rue contiennent d’anciennes maisons habitées jadis par des juifs et dont le style et l’architecture n’est qu’encore remarquable et distinguée. Notamment Dar Dhab (Maison de l’or), où l’on fabriquait la monnaie…
En allant tout droit, vous débarquer au cœur du Mellah avec ses maisons catégoriquement en ruines, après avoir survécu des années à l’humidité, aux vents marins et aux vagues violentes. Il faut se rappeler qu’Essaouira est presque une île : la mer l’entoure de trois côté… Sinon, tournez à droite, c’est Chouarej (les bassines). Tout droit devant vous se voit Souq Waqa, à votre droite rue Istiqlal (l’indépendance) mais nommée plutôt Hddada (les forgerons) ; sur le style de Attara et d’autres encore.
A votre gauche Souq Jdid (nouveau souk) avec ses vendeurs d’habits traditionnels. Si vous reculez en arrière de quelques pas, vous découvrirez une petite entrée que vous avez du manquer dans votre précipitation. Elle vous fera accéder au marché aux poissons Blassa del’hout. Cette même place communique avec souq laghzel (le filage) car avant on y vendait la laine. Maintenant s’y trouve les marchands de poterie, d’épices et d’herbes parfumantes et médicales.
En sortant d’à travers ses odeurs de safran et de thym, vous aurez en face l’accès à Rehba ou Place aux graines, où plusieurs filmes cinématographiques et pièces de théâtre de renommée mondiale ont représenté. Malgré les rénovations, cette place garde un charme typique et une convivialité surprenante.
Retour à Souq Jdid. En allant tout droit, vous traverserez la rue marchande où se tassent les caisses de légumes, fruits, menthe, coriandre et persil, œufs, … que de la bonne nourriture de ferme ! Aussi ; il y a les bouchers, les vendeurs de volailles et les vendeurs d’olives. Des olives uniques aux saveurs originales comme leur huile ou celle de l’argan. Enfin vous arriverez au bout, c’est la porte de Doukkala. Ce qui reste c’est les avenues avec leurs boutiques, leurs services, leurs magasins et leur agitation routinière ainsi que les quartiers de la nouvelle ville avec leurs habitations modernes, leurs écoles, leurs vie mondaine ordinaire mais en même temps spéciale semblable à celle d’un petit patelin breton.
Après ce tour évasif dans la médina, il ne reste qu’à découvrir vous-même les petites rues ou impasses dispersées pourvu de tomber sur les traces d’un aïeul quelconque, ou découvrir une ancienne demeure ou un chemin qui risquerait de vous émerveiller encore plus que ce que l’on vous a déjà décrit. N’hésitez surtout pas aussi à visiter les Riads d’Essaouira, la plupart _ les plus anciens _ ont été des demeures principales ou des résidences de Pachas, de Kaïd, ou encore de généraux français et de consuls espagnols et qui remontent au 18ème siècle. Suivez les traces de nos ancêtres lointains, pensez combien de notables ont arpenté ces ruelles, combien de princesses ont habité ces Riads, combien de secrets, de chagrins, de joies et d’angoisses a enfermé ces murailles. Peu de mots pour une si ‘’grande ville ‘’, grande pas par superficie mais par histoire, patrimoine, charme et tant d’atouts qui n’arrêtent pas d’attirer des amoureux du vent et des vagues. Beaucoup sont ceux qui ont fait éloge de ses beautés mais aucun n’a jamais pu la décrire telle qu’elle est, suprême et inaccessible…
Essaouira invite au rêve, à la vie, l’imagination, la curiosité, l’aventure, la liberté, l’ouverture, l’amour et surtout la découverte !